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(23-26 septembre 1845)
Le 21 septembre 1845, le général Cavaignac part
de Tlemcen avec une colonne d’infanterie pour mettre les Traras au pas
et les empêcher définitivement de piller les tribus soumises. Une autre
colonne aux ordres du lieutenant-colonel de Barral se trouve dans le
secteur de Nedroma, le 22 septembre.

général Cavaignac
Le 21 septembre, la présence de
l’émir Abd-el-Kader est signalée sur les frontières du Maroc, non loin
de la tribu des Souhalias, tribu puissante et ralliée à la France.
Des
ordres ont été donnés pour que les relations avec cette tribu soient
ménagées mais les Souhalias redoutent la vengeance de l'émir. En
conséquence, il faut soutenir la tribu contre l’émir.
Le
lieutenant-colonel de Montagnac, commandant la garnison de Djemmaa
Ghazaouet, reçoit, le matin du 21 septembre, un message du chef de la
tribu des Souhalias, le caïd Mohamed-El-Trari, qui vient réclamer le
secours des Français et s'engage, si la garnison veut venir s’embusquer
dans sa tribu, à lui livrer Abd-el-Kader.

lieutenant-colonel de Montagnac
Alexandre Dumas précise : «
…Le rêve de tout chef de poste est de prendre l’émir : rêve glorieux
qui, pour beaucoup, est allé s’éteindre dans la mort. C’était du reste
celui qui constamment avait préoccupé le colonel Montagnac ; dix fois
ses amis lui avaient entendu dire : - Je prendrai l’émir ou je me ferai tuer…. »
L'émir Abd-el-Kader
Le lieutenant-colonel de Montagnac décide d’aller porter secours aux Souhalias et fait parvenir un message en ce sens. Le
dimanche 21 septembre, à 22 heures, une colonne aux ordres du
lieutenant-colonel de Montagnac sort de la garnison. Elle est composée
de 426 hommes dont : - 354 chasseurs (9 officiers et 345 hommes) du
8e Bataillon de Chasseurs d’Orléans, aux ordres du chef de bataillon
Froment-Coste, - 67 cavaliers (3 officiers et 64 hommes) du 2e Régiment de Hussards, aux ordres du commandant Courby de Cognord
.
chef de bataillon
Froment-Coste
Dès lors, le prétexte de l’appel au secours du caïd entraîne la colonne française vers le traquenard. A
l’ouest de la garnison, à environ 15 km, le 1er bivouac est situé à El
Hadj Abd Allah, le 22 septembre de 2 heures à 4 heures. Vers 8 heures
du matin, au moment du déjeuner, un messager arabe apporte des
informations : « l’émir s’avance avec des forces importantes et se dirige sur Sidi Bou-Djenane », soit 18 km au sud du bivouac.
La
colonne quitte le bivouac et se dirige donc vers le sud et s’arrête
dans l’Oued Taouli, de 13 heures à 23 heures. Un émissaire apporte un
courrier au lieutenant-colonel de Montagnac, envoyé par le capitaine
Coffyn, commandant intérimaire de la garnison, précisant que « le
lieutenant-colonel Barral lui réclame trois cents hommes du 8e
bataillon de chasseurs à pied pour aller appuyer le général Cavaignac
en ce moment en opération chez les Traras… »
De Montagnac
appelle les deux commandants. Il leur annonce que le colonel lui
demande 300 hommes du 8e bataillon pour le général Cavaignac qui se
trouve sur la route d’Aïn-Kebira (8 km est de Nedroma). Le détachement
se résumerait alors à 120 hommes et imposerait le retour vers la
garnison « ce qui serait une honte pour nous après l’avis que nous
venons de recevoir, puisque nous aurions l’air d’abandonner nos alliés.
Mon opinion est de conserver l’attitude que nous avons prise vis-à-vis
d’Abd-El-Kader. Est-ce la vôtre ? L’avis des deux officiers fut
conforme à celui du colonel… »
Le colonel de Montagnac fait parvenir au capitaine Coffyn une réponse négative. A
23 heures, le bivouac est levé et la colonne se déplace vers
Sidi-Moussa El Amber. Le 23 septembre, un bivouac y est installé de 2
heures à 6 heures trente. Le camp n’est en fait qu’un point de
rassemblement. Les tentes ne sont pas dressées et les mulets ne sont
pas déchargés.
Monument des combats de Sidi-Brahim à Oran, Sculpteur Dalou
Le 23 septembre L’engagement au Djebel Kerkour Le
23, à 6h00 du matin, de Montagnac observe que les cavaliers arabes
repérés la veille sont toujours à l’ouest en position d’observation. A
6h30, le lieutenant-colonel donne ses ordres. Il prend avec lui 3
compagnies sur 5 et les hussards pour remonter le ravin de l’Oued
Mettous en direction du Kerkour. Le commandant Froment-Coste reste au
bivouac avec la compagnie Burgard et des carabiniers du capitaine de
Géreaux plus 7 hussards dont le hussard Natali. Les sacs à dos et les
bagages sont laissés au bivouac.
Les hussards, aux ordres du
commandant Courby de Cognord (chef de détachement) et du capitaine
Gentil de Saint-Alphonse (commandant le 2e escadron), s’élancent vers
le Kerkour. Les cavaliers arabes repérés partent en arrière et se
laissent poursuivre puis reviennent avec des groupes, cachés par le
mouvement de terrain. Cette fois-ci, ils sont environ deux cents. Les
ordres sont maintenus et les hussards continuent. Abd-El-Kader est
sur le Djebel Kerkour et observe les actions successives. Le gros de
ses troupes est massé au sud-ouest des crêtes et n’attend que le moment
favorable pour agir. A ce moment là, les hussards sont à l’est-nord-est
du Djebel Kerkour. Tout à coup, une masse énorme de cavaliers arabes
débouche de tous côtés : « … les uns arrivent sur la droite de
Courby de Cognord, grâce à des ravins qui ont dissimulé leur marche,
par le petit col de Dar-Zaouia, ce sont les soldats du khalifa
Bou-Hamidi ; les autres surgissent devant son front, en franchissant
les crêtes du Djebel Kerkour ; ce sont les fidèles d’Abd-El-Kader,
commandés par l’émir en personne… »
Plusieurs charges des
hussards repoussent les cavaliers ennemis mais le nombre est trop
important. Ils sont bien vite encerclés et réduits à une trentaine mais
tentent de rejoindre les trois compagnies de chasseurs qui arrivent. Le
capitaine de Saint-Alphonse et le lieutenant Klein sont tués. Le
commandant Courby de Cognord a un cheval tué sous lui. Le colonel de
Montagnac a une balle dans la poitrine et envoie un hussard demander du
secours au commandant Froment-Coste.
Une
nouvelle charge de hussards est exécutée et repousse les Arabes de 100
à 150 mètres. Malheureusement, le combat se morcelle. Des charges
partielles ont lieu par quatre ou par six. Les chevaux tombent, les
hussards sont à pied et résistent vaillamment jusqu’au bout. Des isolés
se défendent individuellement jusqu’à ce qu’ils soient tués ou pris.
Les
trois compagnies de chasseurs arrivent, officiers en tête, sur les
flancs des cavaliers arabes encerclant les hussards. Elles prennent
position et forment le carré, aux ordres du capitaine de Chargère, dans
le pus grand ordre. « Les Arabes se ruent sur cette forteresse
vivante, mais 300 baïonnettes vont trouer les poitrines des audacieux
soldats d’Abd-El-Kader. Nos soldats font un carnage terrible… » «
… Soudain, sur la plus haute crête, on voit flotter le drapeau blanc
d’Abd-El-Kader… Il descend de la montagne comme une avalanche, au galop
de son cheval. Sa vue produit sur les fuyards l’effet d’une commotion
électrique. Le combat recommence avec une nouvelle fureur. Au milieu
d’une mêlée horrible, sur une terre couverte de sang, on n’entend plus
que les cris lamentables des blessés et les hurlements sauvages des
vainqueurs… »
Ca fait un peu plus d’une heure que le combat dure. De Montagnac meurt parmi les derniers hussards qui résistent fermement. «
… Hélas ! Bientôt le carré a brûlé sa dernière cartouche. Alors
commence une scène horrible de destruction. Nos soldats, frémissants,
leurs fusils muets dans les mains crispés, attendent le choc des Arabes
; ceux-ci ne s’approchent plus, ils fusillent de loin et tirent sur eux
comme sur une cible vivante… les chasseurs sont abattus les uns après
les autres et dans ce vaste égorgement, pas un de ces braves ne baisse
son regard devant la mort qui frappe lâchement, pas une de ces
héroïques victimes du devoir et de la discipline ne songe à rompre les
rangs ; ils tombent à leur place et meurent sur l’alignement… »
Tressy, dans son deuxième récit du 26 septembre 1892, reprend le journal des marches et opérations du 8e bataillon : «
… Plus tard des frères d’armes viendront recueillir leurs ossements
blanchis formant toujours le carré et attestant la vérité de cette
parole d’un des leurs, échappé au carnage : "sans cartouche, ne pouvant
plus riposter, ils ont attendu la mort et sont tombés comme un vieux
mur que l’on bat en brèche"… »
La
2e compagnie du capitaine Burgard, le clairon Rolland, le capitaine
Dutertre et le commandant arrivent au pas chasseurs.

Clairon Rolland
le capitaine
Dutertre
Ils sont une
soixantaine et forme aussitôt le carré dans le secteur du marabout de
Sidi-Tahar. Dès les premiers engagements, le commandant est tué. La
compagnie change de position pour la troisième et reforme le carré
autour du capitaine Burgard qui vient d’être blessé mortellement. «
C’est alors que le commandement tomba aux mains de l’adjudant Thomas
et, à ce moment de désarroi, le sergent Saint-Martin s’écria : "A la
baïonnette, mes garçons ! " Usant aussitôt de cette arme, nous fîmes
reculer la cavalerie ennemie de 50 à 60 mètres. Nous n’étions plus à ce
moment que douze ou quinze pour nous battre.
Aussitôt apparurent les
fanions d’Abd-El-Kader, encourageant la cavalerie qui nous cerna de
plus près... Nous étions écrasés par le nombre et bientôt piétinés par
les chevaux qui fondirent sur nous de toutes parts… » Le lieutenant Colin, du 8e bataillon, confirme : « …Là commence un nouveau carnage ; nos hommes se battent comme des lions mais tous succombent… »
Au
bout d’une heure de combat (vers midi), les derniers survivants sont
faits prisonniers dont le capitaine Dutertre, l’adjudant Thomas, le
maréchal des logis Barbut et le clairon Rolland. Le marabout de Sidi - Brahim Vers
11h00, il ne reste plus du 8e bataillon de chasseurs d’Orléans que la
compagnie de carabiniers du capitaine de Géreaux, trois escouades de la
3ème compagnie et le caporal Lavayssière qui sont à la garde du
troupeau et des bagages, soit environ 80 fusils. Les cavaliers ennemis
arrivent à toute vitesse et de Géreaux voit le danger. Il décide
d’abandonner le camp et de se retrancher dans le marabout de
Sidi-Brahim.
 Le
lieutenant Chappedelaine organise le marabout et jette un dispositif en
plaçant 20 carabiniers, chasseurs et hussards par côté. Les
dispositions de combat de défense sont données, un genou à terre. Le
capitaine s’installe au centre du dispositif avec l’interprète Lévy. Les vainqueurs des hussards et chasseurs entourent le marabout. «
Alors l’assaut commence : c’est un feu d’enfer. Repoussés, les Arabes
reviennent à la charge avec une nouvelle audace et l’assaut reprend
avec une furie grandissante. La terre se couvre de leurs morts ; mais
ce nouvel échec semble rallumer leur rage. Aussi loin que la vue peut
s’étendre sur toute la plaine, l’œil n’aperçoit que des burnous et
cette multitude grouillante, comme une vague immense, se rue avec une
audace incroyable sur nos fragiles remparts. La lutte se poursuit ainsi
ardente environ cinq quarts d’heure… »
« … Abd-El-Kader
parcourut le lieu du carnage et rendit hommage à la valeur des
chrétiens… il remarqua avec une tristesse profonde que gisaient aussi
des monceaux de ses cavaliers, de ceux qui, combien de fois ! sous ses
yeux mêmes, avaient fait vaillamment leurs preuves… »
Monument des combats de Sidi-Brahim à Périssac ©ThG
Première sommation Abd-El-Kader envoie une lettre écrite par l’adjudant Thomas au capitaine de Géreaux en leur promettant la vie sauve. «
…Le capitaine rend au messager le billet sur lequel il a écrit une
simple phrase : "Les chasseurs d’Orléans ne se rendent pas !"… » Un nouvel assaut est donné par les Arabes et est aussitôt repoussé.

Deuxième sommation L’émir
envoie aux assiégés un émissaire qui leur transmet sa lettre écrite en
arabe. Elle est traduite par l'interprète Lévy et annonce : « Toute
résistance est inutile, tout secours est chimérique. Que le capitaine
français et les siens déposent les armes, ils auront la vie sauve. » « Le capitaine fait répondre que ses chasseurs et lui sont sous la garde de Dieu et qu’ils attendent l’ennemi de pied ferme… »

Troisième sommation Exaspéré,
l'émir renvoie un nouveau messager, demandant aux combattants de se
rendre immédiatement sous peine des pires représailles... Géreaux ne
peut répondre lui-même. Le capitaine comme le lieutenant sont blessés
et ne tiennent plus réellement debout. Un caporal demande au docteur
Rosagutti qui soigne les deux officiers son crayon et répond de nouveau
par un message en ces termes : « M... pour Abd-El-Kader ; les chasseurs d’Orléans se font tuer, mais ne se rendent pas. » Le capitaine lit la réponse et lui dit : « Tu as raison, caporal, fais-leur tenir cette réponse. » C’est une nouvelle attaque puissante et une nouvelle fois sans succès. Le capitaine Dutertre Abd-El-Kader
demande que le capitaine Dutertre donne l’ordre de reddition au
marabout. L’interprète de l’émir s’approche du capitaine et lui dit «
Capitaine, l’émir veut que tu ailles jusqu’au marabout pour engager tes
camarades à se rendre, sous peine d’avoir la tête tranchée quand tu
reviendras. Ta parole d’honneur ? » Le capitaine Dutertre lui donne sa parole. «
…Il part en allumant une cigarette. Les quatre-vingt hommes l’attendent
sur leurs murailles. Il s’arrête à vingt mètres du marabout et leur
crie : "Camarades, l’émir m’envoie vers vous pour vous engager à
mettre bas les armes. Si vous vous rendez, il vous promet la vie sauve.
Si vous ne vous rendez pas, je serai décapité. Et moi, je vous dis au
contraire : Défendez-vous jusqu’au dernier, mais ne vous rendez pas !" Le capitaine Dutertre retourne au camp. Sa cigarette est fumée. Il en a encore le bout aux lèvres quand sa tête tombe… » Sa tête aurait été triomphalement présentée devant les murs du marabout...

Le clairon Rolland L’émir
fait venir le clairon Rolland (prisonnier au marabout de Sidi-Tahar) et
lui intime l'ordre de sonner la retraite. Rolland, à pleins poumons,
sonne la charge sachant par avance qu'il va être décapité. Le hasard en a voulu autrement et il a la vie sauve. L’oreille d’Abd-El-Kader Abd-El-Kader
fait venir un groupe de dix prisonniers. Il pense entamer le moral des
résistants et leur arracher la capitulation. Lavayssière voit arriver
le groupe. La chance veut qu'il reconnaisse un compatriote du Midi, un
dénommé Arrieux. Il lui lance en patois : "Arrioux, couxa bous !" (Arrieux, couchez-vous !). En
même temps, il se jette à terre et fait coucher ses camarades
prisonniers. Les chasseurs du marabout appliquent des feux terribles
sur l'escorte et sur l'entourage de l’émir. Le résultat est net : des
gardiens de l'escorte sont tués ou blessés grièvement. Des dignitaires,
à 700 ou 800 mètres du marabout, n'échappent pas à la fusillade, l'émir
est lui-aussi touché à l'oreille. Dès la fusillade terminée, trois
charges sont lancées contre le marabout et c’est un nouvel échec.
L’émir décide de quitter le champ de bataille et laisser en place 7
postes de 50 hommes autour du marabout. Les Couleurs sur le marabout Vers
16h00, de Géreaux aperçoit de loin un groupe de cavaliers. Il pense à
la colonne de Barral qui, avec le 10e bataillon de chasseurs d'Orléans,
opère non loin de là. Il imagine attirer l’attention. Il fait confectionner un drapeau et demande à Lavayssière de désigner un chasseur pour le hisser. Le caporal lui répond : "Mon capitaine, je préfère y monter moi-même, car ce serait envoyer un chasseur à une mort certaine."
Lavayssière prend sa cravate bleue de chasseur, la ceinture rouge du
lieutenant Chappedelaine et le mouchoir blanc du capitaine de Géreaux. Azan écrit : «
… Et voilà les trois couleurs assemblées ; il manque encore une hampe :
on prend un des deux roseaux qui étaient là, celui qui ne servait pas
de boîte aux lettres, on fixe le drapeau à son extrémité et le
carabinier Strapponi monte attacher au haut des figuiers le glorieux
emblème de la patrie. Une grêle de balles accueille l’apparition du
brave soldat ; Strapponi ne s’émeut pas, il s’acquitte de sa périlleuse
mission sans être atteint et fait flotter le drapeau au-dessus du
marabout et de ses défenseurs… » En fin d’après-midi, le calme revient. L’ordre est d’économiser les munitions chez les défenseurs du marabout. Le 24 septembre Tressy explique : «
… Le 24, au lever du soleil, l’émir vient lui-même en personne à la
tête de ses réguliers, cavaliers et infanterie et le branle-bas
recommence. Reçue par une grêle de mitraille au travers des créneaux,
toute la cavalerie a beau donner, elle n’arrive qu’à nous exténuer ;
elle perd beaucoup de monde… » « A 10H00, le combat reprend encore plus furieux mais aucun Arabe ne peut franchir le retranchement… » «
Nous jugeant épuisés par une lutte acharnée de trois jours, nous
sachant sans munitions et sans vivres et nous croyant incapables de
sortir de notre enceinte, Abd-El-Kader fait sonner la retraite, part
avec ses troupes, laissant seulement 450 hommes pour nous observer ;
comptant sur la famine plus puissante que ses armes pour achever son
œuvre… » La soif ardente commence à préoccuper les chasseurs et les hussards. Le 25 septembre A 8H00, un nouvel assaut se prépare. Encore
plus furieux, il est lancé par les Arabes et les Kabyles. Cette
fois-ci, les affaires sont sérieuses. Une première salve fait un dégât
monstre : l'ennemi est stoppé net dans son offensive. Mais il repart à
la charge. Il faut en venir cette fois au corps à corps, à la
baïonnette, au jet de pierres et au sabre. Les chasseurs montrent une
telle énergie dans cette action que les Arabes perdent un nombre
considérable de combattants. Les chasseurs font un véritable carnage !
L'ennemi s’enfuit et n'ose venir ramasser ses blessés et ses morts qu'à
la faveur de la nuit. Tant mieux car les remarquables défenseurs
économisent les cartouches, ce qui explique les jets de pierres. Les assiégés n'ont plus rien à boire ni à manger. Le caporal Lavayssière écrira plus tard : « Nous fûmes obligés de boire notre urine que nous mêlâmes à une bouteille d'absinthe. » Les
pertes arabes sont énormes. Il n'est pas pensable qu'une poignée
d'hommes tienne tête à l’armée de l’émir. Côté chasseurs, la situation
n'est pas brillante. Il n'y a plus d'eau depuis bien longtemps, des
vivres encore moins. Les vaillants combattants ont pourtant un moral
d'acier. Ils demandent à leur capitaine de tenter une sortie. Géreaux
donne son accord. Lavayssière en profite pour récupérer son drapeau
criblé de balles. Le 26 septembre : le retour héroïque Le
vendredi 26 septembre, à 6H00, nos 73 chasseurs et hussards, emportant
7 blessés avec eux, sortent discrètement en dehors du marabout, côté
nord. « …Les carabines sont bourrées avec double charge et huit morceaux de balles… » Les
murs sont franchis sans bruit et rapidement. Le 1er poste est enlevé.
Les Arabes sont stupéfaits par tant d’audace. Les chasseurs,
carabiniers et hussards forment aussitôt un carré et partent vers le
nord, en direction de la garnison. Bongrain précise « Il ne fallait pas moins de cinq heures pour gagner Nemours au pas… » Le Premier Carré Ce
premier carré passe par le versant sud du Koudiat. A la hauteur de
Tient, les habitants assaillent le carré et font 5 à 6 blessés. Le Deuxième Carré C’est
le premier arrêt du détachement. Il dure 10 minutes et coûte la vie à
trois chasseurs. Le capitaine de Géreaux sent sa fin et tend ses 4
cartouches au carré. Le carré se forme et la troupe repart dans la direction de Djemmaa-Ghazaouet. Le drapeau de fortune du marabout flotte haut. Natali explique : «
…Lorsqu’on fit halte en face du fort (du blockhaus) nos clairons
sonnèrent pour demander du secours. Nous faisions des signaux ; mais je
n’ai rien aperçu du côté du fort. Un village arabe que nous avions
également en face (celui des Ouled-Ziri) était au contraire en
ébullition ; il se préparait à descendre la côte vis-à-vis de nous pour
nous couper la retraite… » Le carré continue sa progression et
descend en direction de l’oued Mellah. Il débouche à la hauteur de la
pépinière et traverse l’oued « Mellah à quelques mètres au-dessus de son confluent avec l’Oued-Mersa, à 2 km de la place… » Arrivé à ce point, le carré est pressé par 2 000 Kabyles et beaucoup de chasseurs sont tués. «
Les Arabes pouvaient tirer sur nous à loisir de tous côtés, ayant
épuisé notre dernière cartouche. Enfin, on gagna le bas du ravin et on
forma un troisième carré dans les figuiers. Nous n'étions plus que
quarante hommes, notre brave lieutenant, Monsieur de Chappedelaine
ayant été tué entre le deuxième carré et le premier carré ; au milieu
du dernier étaient encore debout le capitaine, le chirurgien et
l'interprète. » « Le capitaine de Géreaux donne l’ordre de la retraite. L’interprète est fait prisonnier »

Le Troisième Carré Le
capitaine de Géreaux, pour la troisième fois, ordonne de former le
carré. A cette voix chacun s’arrête, et le carré se forme. Vingt-cinq
hommes à peu près sont encore debout. Le dernier clairon valide,
Siguier, sonne de tous ses poumons et espère attirer l'attention du
fort. « Ils tombent bientôt, fusillés à bout portant malgré les protestations du cheik des Ouled-Ziri, El-Hadj-Kadour-Ben-Hocein. » «
Une cohue immense, armée de fusils, de sabre et d'armes de toutes
sortes, est là sur une profondeur de deux cents mètres... Dès lors,
chacun pour soi et en avant dans la masse profonde des Arabes qui nous
poussent de toutes parts. La baïonnette décrit toutes les arabesques de
l'escrime, en moulinet continuel. Devant nous, à nos côtés, derrière,
on ne voit que des flamboyants de colère » Madame Robillot,
ancienne cantinière du 8e bataillon de chasseurs d’Orléans dont le
mari, clairon au bataillon, fut tué le 26 septembre 1845 aux portes de
Nemours, explique : « …Plus de soixante furent tués près de la
source, à l’endroit où s’élève aujourd’hui le monument appelé le
tombeau bien qu’ils n’aient pas été enterrés là. Mon pauvre mari était
de ceux-là … » Antoine poursuit : « … Plus de chef excepté le
caporal Lavayssière qui avait encore son arme, tout le reste est
désarmé. Il fallut gagner Nemours à grand pas ; mais toujours dans la
mêlée de l’ennemi qui achevait sans pitié ceux qui tombaient sous leurs
fers. Arrivé à 1500 mètres du fort, par des signaux et des cris qu’ils
firent entendre pris dans la mêlée de l’ennemi et ne purent se défendre
que par deux coups de canons tirés… » La petite troupe est
à 50 mètres et quelques chasseurs échappés du massacre rejoignent le
groupe. Ils se présentent à la porte où ils ont beaucoup de peine à se
faire reconnaître. Finalement, les seize héros sont sauvés. Au bilan, de la colonne Montagnac, il ne reste plus que seize survivants, seize braves : - le caporal Lavayssière - le caporal-conducteur : Jean-Pierre - le clairon : Siguier - les chasseurs Langlais et Rimond - les carabiniers Delfieu, Laparra, Fert, Langevin, Médaille, Antoine, Tressy, Léger, Michel et Audebert - le hussard Natali. Les survivants sont dans un état d’épuisement et de fatigue impressionnant. Deux meurent immédiatement : - Audebert tombe à 6 ou 7 mètres de la porte et meurt aussitôt, - Jean-Pierre meurt en franchissant la porte. Puis trois autres suivent : - Médaille survit un mois et meurt le 26 octobre 1845 à l’ambulance sédentaire de Djemmaa, - Siguier meurt à l’hôpital d’Oran le 11 décembre 1845, - Fert est transporté à l’hôpital militaire de Tlemcen et meurt le 19 janvier 1846.


Monument des combats de Sidi-Brahim à Périssac
©ThG
De

Photos
supplémentaire du Monument de Périssac et
du Monument
du Capitaine de Géreaux à
Libourne
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